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March 3, 2015

 

L’intime est au cœur du travail de la photographe Diane Ducruet. Censurée en novembre pour l’une de ses images qualifiée d’«incestueuse», «Next» revient sur quelques-unes de ses compositions qui interrogent le rapport aux corps.

 

 

 

Le regard est parfois plus faible que la chair. Quelques censeurs eurent ainsi raison d’une image de Diane Ducruet lors du Mois de la photo, en novembre à Paris. La photographie montre une mère (l’artiste elle-même) dévorant le visage poupon de sa fille. La reproduction avait choqué et disparu de l’exposition « l’Intime comme illusion », lestant le travail de la photographe d’une aura de scandale qu’elle n’aurait jamais envisagée.

 

Com(peau)sitions

«Cette série n’a pas voulu provoquer, explique Diane Ducruet.Je revenais d’Allemagne où j’ai vécu près de dix ans et où l’on a un tout autre rapport à la nudité. On la vit plus librement. Mon retour en France a été un coup de massue.» Diane Ducruet, 41 ans, est originaire de l’Eure et vient de se réinstaller à Paris. Elle y poursuit son itinéraire artistique, mais refuse de se cantonner à son seul statut d’artiste: «Je n’ai jamais voulu rester à l’écart du monde du travail. La confrontation des deux univers implique la nécessité d’autant plus grande d’un acte artistique.»

Elle a été par exemple photographe de portraits à Hambourg et assistante de création pour une banque d’images. Depuis vingt ans, l’objet central de sa réflexion porte sur le rapport à la chair, la représentation des corps au sein de la famille, l’affirmation de soi dans le rapport à la mère, au père, au masculin, et au féminin.

Sur ses tirages, il y a peu de couleurs si ce n’est la palette chromatique de la peau. Elle combine les formes et hybride les corps pour en faire des sculptures, fait du grotesque contemporain en référence au courant de la Renaissance. L’ornement pictural est multiplié, les détails emmêlés pour un effet outrancier. Diane Ducruet a œuvré régulièrement avec ses parents, tous deux peintres.

En 2001, elle a produit une série, sans étreinte, avec sa mère. L’une faisant un geste vers l’autre dans un accord distancié, presque neutre. DansGrimaces, c’est son père qui malmène son visage. Ou plutôt les mains épaisses du paternel, «sans lesquelles ces images n’auraient pas existé. Je n’impose pas de sens, ajoute-t-elle. C’est le corps qui me donne, et il me donne beaucoup». Diane Ducruet interviendra début mars dans un débat sur la censure organisé à la Maison européenne de la photographie, à Paris.

Marie OTTAVI

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